Trois jours après les violences qui ont frappé de nombreux centres-villes le samedi 17 octobre, Carrefour a revu à la baisse ses objectifs financiers pour 2026. Le groupe a présenté le 20 octobre son chiffre d’affaires du troisième trimestre, correct, mais il prévient que la fin d’année s’annonce plus difficile en France. Pour les salariés des magasins, hypermarchés comme supermarchés de proximité, ces annonces posent des questions très concrètes : sécurité, horaires, rémunération en cas de fermeture.
Plan de l'article
Des magasins saccagés et des horaires bousculés #
Le 18 octobre, le PDG Alexandre Bompard avait évoqué sur LinkedIn une cinquantaine de magasins touchés, rapporte Linéaires. Les points de vente de centre-ville ont été les plus exposés aux pillages.
L’onde de choc ne s’arrête pas aux magasins dévastés. Lors d’un point avec la presse, le directeur financier Matthieu Malige a prévenu : « Nous allons continuer à être impactés par des fermetures liées à des décisions de couvre-feu », selon Zonebourse. Des fermetures anticipées, c’est moins de clients en soirée, mais aussi des plannings à refaire pour les équipes.
Il chiffre les coûts directs des événements à « plusieurs dizaines de millions d’euros ». Alexandre Bompard résume la situation ainsi : « Notre groupe est confronté à une situation inédite en France. » Et il ajoute : « Notre priorité absolue reste la sécurité des personnes et des biens. »
Un trimestre correct, des objectifs revus #
Avant les violences, l’activité tenait. Au troisième trimestre, le groupe a réalisé 22,69 milliards d’euros de chiffre d’affaires, avec une croissance de 2,3 % à magasins comparables. En France, les ventes atteignent 11,9 milliards d’euros, en progression de 1,2 % à périmètre comparable.
Le détail par format, publié par Linéaires, est parlant : +3,3 % pour la proximité, +1,2 % pour les supermarchés, mais seulement +0,6 % pour les hypermarchés. L’alimentaire progresse de 1,6 %, le non-alimentaire recule de 2,2 %.
Ce qui change dans les prévisions
Carrefour estime que « la dynamique de consommation et les conditions opérationnelles se détériorent en France ». Le groupe tablait jusqu’ici sur une amélioration de sa marge opérationnelle courante de 25 points de base ; il vise désormais entre 0 et 15 points. Le bénéfice par action ajusté est attendu stable ou en légère hausse, alors que le groupe espérait une croissance nettement plus forte. Le cash-flow libre net devrait légèrement reculer au lieu de progresser.
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La feuille de route stratégique, elle, reste inchangée, précise Linéaires. Les baisses de prix engagées se poursuivent.
Ce que cela peut signifier pour les équipes #
Quand une direction révise ses objectifs de marge, la pression se reporte souvent sur les coûts, et la masse salariale en fait partie. Rien, à ce stade, n’a été annoncé sur l’emploi. Mais les sujets à suivre de près sont connus : remplacement des absents, recours aux contrats courts pendant les fêtes, organisation des fermetures anticipées et calcul des primes liées aux résultats.
Le contexte social pèse aussi. Le 20 octobre, la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon a réclamé une hausse de 100 euros par mois pour tous les salariés, selon BFM. Les négociations annuelles dans la grande distribution s’ouvriront dans ce climat.
Magasin fermé après les dégradations : le chômage partiel
Pour les salariés dont le magasin ne peut pas rouvrir, le gouvernement a précisé les règles dans son communiqué du 20 octobre. Toutes les entreprises touchées peuvent recourir à l’activité partielle. Les salariés empêchés de travailler perçoivent 60 % de leur rémunération brute, et 100 % pour ceux payés au SMIC.
Pour les entreprises de moins de 250 salariés, l’État prend en charge la totalité de la part de l’indemnité qui revient normalement à l’employeur. Ce seuil compte dans la grande distribution, où de nombreux magasins sous enseigne sont exploités par des sociétés indépendantes, en franchise ou en location-gérance. Une FAQ a été mise en ligne le même jour sur le site du ministère du Travail.
Les bons réflexes en magasin #
Après un pillage, le premier sujet reste la sécurité. L’employeur a une obligation de sécurité envers ses salariés : un salarié choqué par les violences peut demander à voir la médecine du travail, et les représentants du personnel peuvent demander que le CSE soit réuni pour examiner les mesures prises.
Côté rémunération, gardez vos bulletins de paie et notez les jours de fermeture et les heures réellement travaillées. En cas de doute sur le calcul d’une indemnité d’activité partielle ou sur une modification d’horaires imposée, les représentants syndicaux du magasin sont là pour vérifier avec vous.
Le bilan financier de Carrefour sera complété au moment des résultats annuels. D’ici là, la vigilance porte sur la période des fêtes, décisive pour l’activité comme pour les conditions de travail.
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