C’est un monument du commerce français qui vacille. Le BHV, le grand magasin parisien fondé en 1856 face à l’Hôtel de Ville, a été placé en redressement judiciaire, une procédure demandée par son exploitant mardi 27 octobre. Derrière le symbole, une inquiétude très concrète : l’avenir des quelque 700 salariés du magasin, qui ont découvert la nouvelle dans la presse, selon franceinfo.
Plan de l'article
Une procédure demandée par l’exploitant lui-même #
Ce n’est pas un créancier qui a traîné le BHV devant la justice : c’est l’entreprise elle-même qui a sollicité son placement en redressement judiciaire. Son président, Karl-Stéphane Cottendin, assume ce choix et parle d’une « étape stratégique du plan de restructuration ». L’objectif affiché est de geler les dettes passées pour se donner le temps de reconstruire un modèle viable.
L’ardoise est lourde. D’après le récit qu’en fait la radio franceinfo, les dettes et impayés dépassent désormais les 100 millions d’euros. La direction impute une partie de ses difficultés à un différend avec son bailleur, le fonds canadien Brookfield, auquel elle réclame des indemnités impayées — des accusations que Brookfield rejette fermement, rapporte L’Express Franchise. « Ce qui manque à ce magasin, c’est la trésorerie qui lui est due », plaide la direction dans les colonnes du même média.
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Ce que le redressement judiciaire change pour les salariés #
Pour les équipes, le placement en redressement judiciaire n’est pas synonyme de fermeture. La procédure ouvre une période d’observation de six mois, renouvelable, pendant laquelle le magasin continue de fonctionner et les contrats de travail se poursuivent. C’est précisément le sens de cette phase : dresser un bilan économique et social de l’entreprise, et chercher une issue — plan de continuation, cession, ou restructuration plus douloureuse.
Cela ne dissipe pas l’angoisse, d’autant que la méthode a heurté. Apprendre par voie de presse que son employeur est en redressement judiciaire, sans information préalable des équipes, est tout sauf anodin pour le dialogue social. Chez les représentants du personnel, on retient pour l’instant les coups. « La colère, il y en aura plus tard », confie à franceinfo Stéphane Vincent, délégué CFTC du BHV Marais. Une salariée interrogée résume le sentiment général : « C’est un peu triste ce qui se passe, mais qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? »
Les prochaines semaines seront décisives : c’est pendant la période d’observation que se négocient les garanties sur l’emploi, le paiement des salaires et le périmètre d’un éventuel plan. Les organisations syndicales du magasin auront un rôle central, notamment via les instances représentatives, pour obtenir de la transparence sur les comptes et sur les intentions réelles de l’exploitant.
Un déclin qui vient de loin #
Le Bazar de l’Hôtel de Ville, devenu BHV Marais en 2013, appartenait aux Galeries Lafayette depuis le début des années 1990. En 2023, le fonds de commerce a été racheté par la Société des Grands Magasins (SGM) de Frédéric Merlin, qui promettait de relancer l’enseigne. Trois ans plus tard, le bilan est sombre : fréquentation en baisse, marques prestigieuses parties les unes après les autres — Dior, Guerlain, Sandro, Agnès b. ou encore The Kooples ont quitté les rayons, selon franceinfo.
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L’arrivée de la plateforme Shein dans le magasin, il y a tout juste un an, a achevé de brouiller l’image de la maison. Contestée par une partie des salariés et des clients, elle a nourri un mouvement de boycott qui a pesé sur la fréquentation. Frédéric Merlin a jeté l’éponge en juin, laissant les commandes à Karl-Stéphane Cottendin, et le nouvel exploitant a d’ailleurs annoncé la fin de la collaboration avec Shein.
Un test pour tout le commerce de centre-ville #
Au-delà du cas parisien, ce dossier parle à tous les salariés de la distribution. Il illustre une mécanique devenue familière dans le secteur : un repreneur ambitieux, des promesses de relance, puis une trésorerie qui s’assèche et des salariés placés devant le fait accompli. Il rappelle aussi que le redressement judiciaire, s’il protège temporairement l’activité, ouvre une période où la vigilance syndicale doit être maximale : c’est maintenant que se joue le sort des 700 emplois du BHV, pas au moment où le tribunal rendra sa décision finale.
Les salariés du grand magasin sauront dans les prochains mois si cette « étape stratégique » annoncée par leur direction débouche sur une vraie relance — ou sur un plan social de plus dans le paysage du commerce français.




