Égalité salariale : à partir du 19 novembre, les femmes travaillent « gratuitement »

Cette année, la date tombe le jeudi 19 novembre, à 10 h 51. À partir de ce moment et jusqu’au 31 décembre, les femmes salariées travailleront symboliquement « gratuitement » en France. Le calcul est publié chaque année depuis 2016 par la lettre d’information féministe Les Glorieuses, et il rappelle une réalité que l’on retrouve dans toutes les entreprises, grande distribution comprise : à travail égal, la feuille de paie n’est pas toujours la même.

Comment cette date est calculée #

Le principe est simple. Si les femmes étaient payées au même taux horaire moyen que les hommes, elles auraient touché dès le 19 novembre à 10 h 51 l’équivalent de ce qu’elles gagnent aujourd’hui en une année entière. Le reste de l’année correspond donc à l’écart de rémunération, transformé en jours de travail non payés.

Pour fixer ce repère, Les Glorieuses s’appuient sur les données d’Eurostat. Selon le communiqué repris par BFMTV, les femmes gagnent en moyenne 11,8 % de moins que les hommes en France en 2024, dernière année disponible, contre 11,1 % dans l’ensemble de l’Union européenne.

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Un écart qui se réduit, mais lentement #

La tendance va dans le bon sens. Toujours d’après les chiffres d’Eurostat cités par Les Glorieuses, l’écart était de 12,3 % en 2023 et de 16,7 % en 2018. En six ans, il a donc reculé de près de cinq points.

« Ça va dans le bon sens, il faut le souligner », reconnaît Rebecca Amsellem, fondatrice des Glorieuses, dans des propos rapportés par l’AFP. Elle ajoute toutefois que, dix ans après la première campagne, la seule question du salaire « n’est pas suffisante pour comprendre les inégalités économiques ». Temps partiel subi, carrières hachées, métiers moins bien payés : les écarts se construisent aussi en dehors de la grille.

Pourquoi le commerce est directement concerné

Dans un hypermarché, les situations qui creusent l’écart sont bien connues des équipes. Le temps partiel, souvent imposé par l’organisation des plannings, touche davantage les caisses et certains rayons. Les primes liées aux horaires décalés, aux dimanches ou à la polyvalence ne sont pas toujours réparties de la même façon. Et les promotions vers l’encadrement restent un point d’attention dans beaucoup d’enseignes.

C’est là que le rôle des représentants du personnel compte. Les négociations annuelles sur les salaires et l’égalité professionnelle sont le moment pour demander des données précises par métier, par coefficient et par temps de travail, et pas seulement une moyenne globale qui masque les écarts.

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Ce que réclament Les Glorieuses #

La lettre d’information avance plusieurs propositions. La première consiste à conditionner l’accès des entreprises aux marchés publics et aux subventions au respect de l’égalité salariale, une mesure qui, selon sa fondatrice, « coûte zéro euro supplémentaire à l’État ».

Elle demande aussi une revalorisation des métiers à prédominance féminine, en particulier dans le soin et l’éducation, et un congé après la naissance intégralement indemnisé pour les deux parents, sur le modèle du congé de maternité. Selon Rebecca Amsellem, cette mesure « a fait ses preuves au Portugal, en Espagne ».

La transparence salariale, prochaine étape

Dernière demande : la transposition de la directive européenne sur la transparence des rémunérations, adoptée en 2023. Ce texte doit permettre aux salariés de mieux connaître les niveaux de salaire pratiqués et de faire valoir leurs droits en cas d’écart injustifié entre femmes et hommes.

D’après BFMTV, un projet de loi de transposition a été présenté en Conseil des ministres en septembre, avec l’objectif affiché de réduire les écarts de rémunération. Son contenu final et son calendrier d’application seront à suivre de près dans les entreprises.

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Ce que chaque salariée peut faire dès maintenant #

Sans attendre la loi, il est possible de comparer sa situation avec celle de collègues au même poste et à la même ancienneté, en regardant le salaire de base mais aussi les primes et les heures complémentaires. En cas de doute, les élus du personnel peuvent poser la question en réunion et demander les indicateurs dont dispose l’entreprise.

Le 19 novembre n’a rien d’une fatalité : c’est un repère qui recule à mesure que l’écart se réduit. Le relevé de l’an prochain dira si la tendance se confirme, comme l’ont aussi souligné L’Humanité et la presse nationale en relayant le calcul cette semaine.

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