Avancer la hausse du Smic de quelques semaines, voire y ajouter un coup de pouce : la question est désormais posée ouvertement au sommet de l’État. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a indiqué le 29 octobre sur France Inter qu’il espérait une « convergence autour du 5 novembre », date de la journée de mobilisation intersyndicale pour le pouvoir d’achat. Pour les salariés du commerce et de la grande distribution, où de nombreux postes sont rémunérés au niveau du salaire minimum, l’enjeu est direct.
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Ce qu’a dit le ministre du Travail #
Interrogé sur une revalorisation anticipée, Jean-Pierre Farandou est resté prudent. « A ce stade, je n’ai pas de conviction, je suis dans le débat, dans la discussion. Il n’y a rien qui est décidé », a-t-il déclaré, selon la dépêche reprise par Boursorama. Il a toutefois ajouté que « le Smic n’est pas tabou » et parlé d’« équilibres à trouver », d’un « chemin de crête » entre les demandes syndicales et les inquiétudes patronales.
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, avait déjà reconnu quelques jours plus tôt sur France Info qu’une hausse anticipée « fait partie des débats ». Le sujet n’est donc plus une simple revendication syndicale : il est sur la table du gouvernement.
Comment le Smic est revalorisé aujourd’hui #
Pour comprendre ce qui se joue, il faut rappeler le mécanisme légal. Le Code du travail prévoit une revalorisation du Smic chaque 1er janvier. Elle repose sur deux indicateurs : l’inflation mesurée pour les 20 % de ménages aux revenus les plus modestes, et la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire de base des ouvriers et employés.
Une hausse automatique peut aussi intervenir en cours d’année lorsque l’inflation dépasse 2 % depuis la dernière revalorisation. C’est ce qui s’est produit en juin 2026, avec une augmentation de 2,41 %, comme le rappelle MoneyVox dans son décryptage du 29 octobre. Le Smic net mensuel s’établit aujourd’hui à 1 443 euros.
Deux options, deux effets très différents #
La hausse anticipée
La première piste consiste à avancer d’un ou deux mois la revalorisation prévue au 1er janvier. Comme la hausse de juin sera prise en compte dans le calcul, MoneyVox estime que la revalorisation automatique de janvier 2027 serait probablement inférieure à 1 %. L’avancer à novembre ou décembre rapporterait, selon ses calculs, environ 14 euros de plus par mois pour une anticipation en novembre, ou 28 euros cumulés pour décembre. Un geste réel, mais limité.
Le coup de pouce
La seconde piste, le coup de pouce, consiste à aller au-delà de la hausse automatique. Il n’a plus été utilisé depuis 2012. La CGT réclame de son côté une augmentation de 10 % du salaire minimum. Le patronat s’y oppose fermement : le président du Medef, Patrick Martin, a mis en garde le 23 octobre contre une hausse destinée à « acheter la paix sociale », qui risquerait selon lui de « créer la pagaille dans les entreprises ».
Le vrai sujet : les grilles de branche #
Pour les salariés, une hausse du Smic ne règle pas tout. Chaque revalorisation fait mécaniquement passer sous le salaire minimum les premiers niveaux des grilles de classification des branches qui n’ont pas renégocié à temps. L’employeur doit alors verser au moins le Smic, mais l’écart entre les coefficients se tasse : un salarié qui a progressé dans la grille peut se retrouver payé presque comme un nouvel embauché.
Selon un calcul de la CGT cité dans la même dépêche, 122 branches sur 200 avaient encore, à la mi-octobre, un bas de grille inférieur au Smic. Le chef de l’État a d’ailleurs exhorté les branches à « relancer » les négociations salariales, sans se prononcer sur un coup de pouce.
Ce que les salariés du commerce peuvent faire dès maintenant #
Vérifier sa fiche de paie
Le salaire de base, rapporté à l’horaire contractuel, ne peut jamais être inférieur au Smic horaire en vigueur. En cas de hausse anticipée, le nouveau montant doit apparaître dès le mois concerné.
Regarder sa position dans la grille
Connaître son niveau et son coefficient dans la convention collective permet de repérer un éventuel tassement après la revalorisation, et d’en faire un sujet lors des prochaines négociations annuelles obligatoires dans l’entreprise.
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S’appuyer sur les représentants du personnel
Les élus et délégués syndicaux peuvent porter la question des bas de grille au niveau de l’entreprise comme de la branche. C’est souvent à ce niveau que se joue l’essentiel des gains, au-delà du seul Smic.
Rendez-vous le 5 novembre #
Rien n’est arbitré, et le gouvernement cherche un compromis entre pouvoir d’achat et coût du travail. Le 5 novembre, jour de mobilisation intersyndicale, dira si la convergence espérée par le ministre se concrétise. D’ici là, une chose est sûre : la question des salaires les plus bas est revenue au centre du dialogue social.




